Les cerisiers sont morts ...
En dehors de mes romans, retrouvez ici mes nouvelles, mes récits divers, ce qui ne paraîtra jamais sous forme papier ... des nouvelles de mes livres également ... quelques petites infos, quelques rendez-vous ... un peu de tout ...
dimanche 29 janvier 2012
Dossier de presse en attente
Bientôt le dossier de presse complet accessible sur ce blog ... la photo au-dessus aide ? Non, pas vraiment ... mais bon, c'est pour amuser le public masculin !!!
mardi 11 octobre 2011
Première
La première a eu lieu ... je me permets donc de remercier toutes les personnes présentes ainsi que la famille Genée pour ses coups de mains précieux ... je remercie aussi mon éditeur présent malgré les distances ainsi que mon frère, Frédéric Lutété, venant de Vielsalm ... et les représentants politiques ayant fait le déplacement : Jean-Pierre Sacré, représentant du CdH local, Georges Malburny, échevin de notre commune et ami de la famille, et Natalie Marichal, conseillère communale et amie de la famille. Je remercie également Jean-Charles Luperto, Président-Député-Bourgmestre de Sambreville, et Stéphanie Thoron, reponsable du MR local, pour leur soutien. Merci à toutes et tous !
mercredi 7 septembre 2011
Première des Cerisiers !
Le vendredi 07 octobre 2011, dès 19h30, venez nous rejoindre nombreux à la salle paroissiale, Rue du Culot, 23, à 5190 Ham-sur-Sambre. Présentation sommaire, lecture, jeu du question-réponse, dédicaces et finalement cocktail apéritif ! Vous êtes conviés avec votre bonne humeur, vos questions, vos interrogations, votre curiosité ! A bientôt,
vendredi 19 août 2011
Les Cerisiers
Sortie dès à présent du premier roman dès septembre 2011 ... voici un avant-goût de mon récit à feuilleter gratuitement ... par contre pour lire la suite ... sorry, mais je ne vis pas que d'eau et d'amour ...
http://www.romansgratuits.com/article-les-cerisiers-16-ans-de-benoit-laval-81702464.html
http://www.romansgratuits.com/article-les-cerisiers-16-ans-de-benoit-laval-81702464.html
mercredi 3 août 2011
Mes futurs projets ...
La maison en enfer
Jean Geister et Gavin viennent passer leurs vacances d'hiver en pays de Loire, près de Tours. Ils sont invités à fêter le réveillon de Noël au château de Mennevaux, propriété des Foix, branche maternelle de Geister. Mais rapidement l'ambiance dégénère, d'autant que chacun semble porter son lot de secrets, de mensonges, de crimes et de haine. Jusqu'au point de non-retour ! Les meurtres se succèdent et les caves de Mennevaux semblent cacher bien autre chose que des bouteilles poussiéreuses et une chaudière vétuste ... quelque chose d'aussi ancien que le monde ... quelque chose de terrible et de sanguinaire.
Le dossier P
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Prélati, le prêtre assassin. Tout est dans le dossier P, un volume si épais qu'il couvre près de six siècles. Mais voilà ! Ce dossier a disparu. L'inspecteur Opersky de la CIA est sur la brèche, mais ses recherches risquent fort de le rapprocher de Prélati lui-même. De renseignements en informations, Opersky découvre un homme complexe, étrange, sentimental mais manipulateur, dangereux et cruel. De Paris à Arcachon, de Liège à Lyon, de Bruges à New York, du naufrage du Titanic aux crimes de Whitechapel, dans les alcôves royales d'Henri III, dans les placards encrassés de Bonaparte, l'enquête se complexifie, se multiplie jusqu'à ce qu'une rencontre devienne inévitable.
Le Mystère d'Orléans
De sa jeunesse dans les terres ravagées par la guerre de cent ans jusqu'à son procès, divers souvenirs émaillent les pensées de l'ancien Maréchal de France, Gilles de Laval, que la légende connaît sous le surnom de Barbe Bleue. Hantant les côtes de la Bretagne moderne, de Brest à Brocéliande, il raconte son histoire à son amant dans l'espoir de découvrir le moyen d'enfin se débarrasser de Prélati. Mais dans tout ce fourbi quelle est la part de vérité ? Quel est le véritable rôle de Gilles de Sillé, son cousin, de Eustache Blanchet, l'abbé tentateur ?
Autrefois, à Portofino ...
Une ancienne chanteuse dont on ne parle plus s'est retirée dans sa villa somptueuse de Portofino, entourée de quelques beaux vieux des temps anciens, des amitiés, des amants. Elle coule des jours sombres alors que le soleil frappe la petite ville sous ses frondaisons verdoyantes. La rencontre d'un jeune prodige musical va bouleverser sa vie au point de vouloir reprendre du service. Entre amoures balbutiantes et déchirements effrayants, la fin de vie et de carrière d'une grande artiste pour qui l'adulation le disputa souvent avec l'intimité. Quand elle se retrouve dans l’œil du cyclone, c'est tout son monde qui s'écroule et qui s'effondre, frère, mère, ancien amant, fantômes du passé, souvenirs du présent, futurs incertains ...
Cuba SI !
A l'heure même où fumer devient presque un crime, j'aimerais redire combien il est bon de déguster son cigare ... son Cazadores de chez Romeo y Julieta, son Fonseca ... avec un bon verre de rhum brun ... de Cuba bien sur ... et puis, si d'aventure quelques esprits chagrins venaient à critiquer Cuba ... je leur répondrai que le climat international de l'île me semble moins pestiféré que celui des States ... à rendement égal en discriminations ! N'écoutez pas les tristes sires qui voudraient commander vos goûts et vos choix ... les quelques volutes qui sortiront de votre cigare sont un plaisir tout particulier que vous goûterez avec volupté ...
samedi 23 juillet 2011
EXTRAITS ... EXTRAITS ... EXTRAITS
Et pour continuer sur le même chemin, voici déjà les 3 premiers chapitres du second roman qui sera bientôt terminé (ouf !) ...
Mennevaux
Le vieil homme est assis derrière son antique bureau, rivé à son fauteuil décoloré. Les mains noueuses étreignent les pages d'un livre annoté, surligné, souligné, émargé. Il grignote son stylo avec cet air déterminé qui le caractérise.
Si le bureau est poussiéreux, c'est que personne n'y est admis en-dehors de sa propre personne. Personne ne peut pénétrer le havre de paix et de travail qu'il s'est confectionné au fur et à mesure du temps.
Dans un coin, l’œil averti remarque une bibliothèque remplie d'ouvrages anciens et onéreux. Le marché du livre d'art fait la fortune de quelques illuminés et Mennevaux ferait sans aucun doute pâlir d'envie bien des fouines laborieuses.
On y trouve quantité de manuels biologiques parmi ceux de Galien, de Vésale, de Buffon, de Cuvier, de Darwin, de Mendel, de Morgan, presque tous dans leurs versions originales. Et plus récemment, on découvre Laborit, Franklin, Jacob, Watson, Wilson et Fossey. Certains possédant même des dédicaces exceptionnelles.
Les noms de Friedrich et Maria Dahl, d'Adolph Reuss, d'Hermann Lebert, de Charles Edward Griswold, de George Marx ou encore de Louis Fage, de Léon Becker et de William Rainbow auraient par contre été totalement oubliés.
Les études de Foix portait sur une diversité immense qui couvrait bien des domaines et bien des idées. L'horreur n'était pas exclue. Il vivait dans le sombre, les ombres, les zones indistinctes.
Personne ne savait réellement sur quoi portaient ses recherches et aucun membre familial ne s'y serait risqué. Il travaillait seul, enfermé, et cela suffisait. Cela suffisait à sa femme qui régentait la demeure comme un tyran.
Le bureau tient du véritable capharnaüm : pile de livres, dossiers jetés dans un coin, un fatras comprenant quelques dessins, des diagrammes étranges, des armes de tout pays et de toute époque. Alastair Foix n'est pas un homme habituel. On ne peut même pas dire qu'il est un homme du passé. Il vit simplement dans ses propres rêves, dans son propre monde.
Et ce monde effraierait n'importe quel homme sain d'esprit. Alastair pose ses notes, rejette ses lunettes sur son crâne ridé. Il regarde le cigare à moitié fumé dans son cendrier débordant de cendres refroidies. Il fixe un instant les presses papiers qui marquent son bureau : un étrange garçon en uniforme et une araignée grosse et velue prisonnière d'un bloc de glace.
La lampe de bureau peine à diffuser la moindre lueur dans cette immobilité lugubre. L'ampoule cachée sous une verrière teintée de vert superpose deux documents sur une plaque transparente. Alastair jette un foulard sur ses travaux et se lève.
La lumière explose soudain lorsqu'il actionne l'interrupteur, dévoilant alors des corps blanchâtres et difformes noyés dans de grandes vasques de formol. Les sujets sont passés, dépassés même. Ils formaient la base des études de son prédécesseur.
« Waldemar était un sinistre incompétent, soupire-t-il. Un imbécile patenté. Une somme de créations loufoques et inutiles. »
Parler, entendre le son de sa propre voix, rend la chose plus facile pour le vieil homme. Il sait que les jours sont comptés. Il le sent bien que rien ne lui apparaisse réellement.
Ouvrant la porte de son bureau, le vieil homme traverse un hall froid et sombre et se retrouve face au grand escalier central. Elle le regarde, pareille à une hideuse gorgone ventrue figée dans une pose théâtrale et fantasmagorique. Elle fixe sur son mari deux yeux dilatés aux pupilles rubicondes.
Et lui baisse la tête. Parce que les passereaux volent encore, parce que la tempête vibre encore, parce que l'Ankou vient de faire un pas supplémentaire. Oui ... Karigel an Ankou ...
- Il voyage, fait Tiphaine.
- Il est de retour, ajuste-t-il. Rassemble-les, il est temps.
Arcachon
Le bassin est beau sous le soleil. Quelques petits bateaux de plaisance s'élancent, voiles au vent, vers l'immensité de la grande bleue. Il fait si clair, le ciel est si radieux, si éblouissant.
Marina regarde le manège de la vie quelques centaines de mètres plus bas et soupire en pensant au temps qui passe, qui fait son œuvre et qui finalement donne si peu pour reprendre tellement.
Elle tient la lettre entre ses mains fripées. Une lettre qu'elle aurait préféré ne jamais recevoir. Tant de mauvais souvenirs, tant d'espoirs déçus et de pathétiques impressions floutées. Elle rejette la lettre sur la petite table en teck et se lève.
Le jour est si beau, si frais, si joyeux. Qu'il convienne donc de ne penser qu'au bien, soupira-t-elle. Laisser les ténèbres aux ténèbres et le malheur au malheur. Ne plus pleurer, ne plus crier, ne plus avoir peur.
La terrasse de sa grande maison est vide, comme oubliée. Il ne reste rien de ce qu'elle a été, rien de ses amoures, rien de ses passions. A peine un vieux tableau oublié dans le coin du salon et quelques statuettes de félins sur une étagère poussiéreuse.
Les fleurs qui naguère embaumaient la pergola rustique ont presque toutes disparu. Restent quelques bouquets d'herbes folles surgissant de ça de là entre d'épais massifs d'hortensias. Les cages bleues patinées par le temps et le soleil de trente étés pendent de guingois aux poutres lacérées.
Marina elle-même semble ruinée par les âges. Elle s'avance dans la salle à manger désespérément vide et passe en revue les portraits ternis de ses amies du temps jadis. Presque toutes s'en sont allées voici quelques temps déjà. Elle est la plus vieille. La première et la dernière selon l'angle duquel on se place.
Les meubles asiatiques ne lui donnent même plus la satisfaction ancienne de s'y asseoir. Juste quelques armoires laquées qu'elle regarde avec un sourire d'autrefois. Le petit buffet rouge aux ornements dorés à l'image des dragons de l'antiquité semble même perdu entre le bouddha de marbre et le paravent ouvragé.
Sa famille ! Trois ans qu'elle n'a plus de contacts avec aucun de ses membres. Elle suppose le retour triomphant de René aux rênes de la société. Cette immense structure spécialisée dans la biologie moléculaire et le traitement bio-chimique l'avait toujours rebutée.
Comme une carte de visite, elle se souvenait que le nom de la firme effaçait autrefois le nom même de la famille. Elle se revoyait gamine annoncer aux personnes qui l'entouraient qu'elle était la fille de BioGenèse. Tout plutôt que la fille mal aimée de Tiphaine et Alastair Foix.
Marina entre dans le grand salon arrondi et repère le temple de bois qui trône au milieu de la pièce. Peut-être que quelques minutes de relaxation lui seront bénéfiques. Peut-être y verra-t-elle plus clair dans la quiétude de la foi reconstructrice.
C'est dans ces moments de pure sérénité qu'elle repense au Japon et se dit qu'elle n'y retournera jamais. Elle revoit le Kinkaku-Ji, la cérémonie du Shuni-e, le Tô-Ji, le Nijôjo et le Kiyomizu Dera, le Japon traditionnel qui lui semble si loin, si impénétrable.
Elle se penche sur le bar aménagé dans la table basse de son bureau et avant de replonger dans les béatitudes de l’apaisement, elle se vide généreusement trois rasades de Shochu agrémenté de citron et de soda.
Le monde est beau, pourtant, songe-t-elle en versant deux larmes de pure souffrance. Pourquoi faut-il que les hommes s'ennuient ? La douleur et le malheur font-ils donc plus pour eux que passion et amour ?
Marina s'assied sur le plancher de son petit temple et inspire une grande fois avant d'expirer lentement. Saisir l'insaisissable et exprimer l'indicible. Il reste encore à Marina à être étonnée avant de disparaître.
Marrakech
Si le soleil frappe durement la France depuis deux mois, que dire de la désertification de cette cité historique. Le sable et le vent se taillent la part du lion entre la palmeraie et l'aéroport international.
Arléna habite les quartiers occidentaux, dans la ville de Tamansourt, établie par Mohammed VI pour désengorger le centre-ville de Marrakech l'éternelle. Nous sommes ici aux pieds de l'Atlas.
La demeure des Foix au Maroc a tout d'une ancienne demeure antique avec son patio ressemblant traits pour traits à l'atrium des grandes maisons latines. Arléna a dirigé la construction avec la fougue et la hargne qui lui sont légendaires.
Une superbe piscine légère et peu profonde orne l'intérieur de sa somptueuse résidence. Des salons vaporeux ornent chaque coin de la piscine. Des palmiers et des figuiers apportent fraîcheur et senteurs douces autour des salons. Chaque arbre semble supporter l'étage supérieur fait de bois teinté en vert émeraude.
Sur chaque aile s'ouvrent des arcades décorées aux portes ouvragées. Des draperies de satin et de soie pendent à l'intérieur des pièces donnant fraîcheur et couleurs à l'ensemble.
Si Arléna a choisi ce pays, ce n'est pas tant pour son climat, ni tant pour la platitude des prix que pour la chaleur payante des jeunes gens. Arléna, femme forte aux mamelles débordantes, aux rires forcés, aux colères ulcérées, à trouvé là ce qu'elle appelle l'amour de sa vie.
Mohammed est bien jeune comparé à cette vieille harpie adipeuse. Un gamin ! Ce n'est pas qu'Alastair l'apprécie, loi s'en faut. Il permet seulement à sa fille de satisfaire ses fantasmes de vieille friquée.
La mère de Jean pose la lettre sur la table glacée et se tourne vers son jeune amant occupé à arroser les plantes. Elle le regarde avec envie, envie d'autant plus décuplée que l'âge avance.
Si son premier mari lui revient en mémoire, c'est qu'elle évoque les mauvais moments et qu'elle décide d'oublier les instants agréables. Elle s'étale alors sur son divan fait de fils dorés et mauves et fixe le plafond coloré d'un sourire froid et dur. Mourir fut la plus belle chose que son mari réalisé pour elle.
- Quelque chose ne va pas, lui demande Mohammed en déposant l'arrosoir.
- Si. Si, tout va bien. Je viens de recevoir une lettre de mon père. Une réunion pour les fêtes de fin d'année, d'après ce que j'ai pu lire.
- Ah ? Je n'y ai pas ma place comme à l'habitude ?
- Non ... père ne veut pas te voir, tu le sais. Il accepte ma vie, mais cela ne va pas plus loin.
- C'est quand même formidable ça ! Vous les occidentaux avez des manières étranges.
- Ne t'en formalise pas ! D'ici peu de temps, il crèvera et nous aurons alors tout son fric pour vivre encore mieux.
- Tu sais que ce n'est pas ton argent qui m'intéresse, poussin.
- Bien sur que je le sais. Si seulement tous ces salopards qui se prétendent de ma famille le savaient ... mais non ! Eux veulent mon argent, mes biens.
- Et ils sont prêts à sacrifier ton bonheur pour cela. C'est monstrueux.
- Je sais ... monstrueux ... oui ... ils sont monstrueux. Ce n'est rien, je n'ai pas besoin d'eux pour vivre.
Arléna quitte le patio, laissant la lettre sur la table, pour se rendre dans le bureau afin d'écrire une lettre à son père. Son intention secrète étant quand même de faire admettre son amant dans le saint des saints du château de Mennevaux.
Alors qu'elle passe dans le salon, elle aperçoit son reflet dans le miroir et s'arrête un instant. Elle a vieilli, la grosse. C'est vrai ! Et ce n'est pas sa coupe au carré d'une blondeur à faire pâlir d'envie Maryline Monroe qui la fera se reprendre quinze années dans les jambes.
Elle n'aime plus se voir, voir celle qu'elle est devenue. Sa jalousie exacerbée envers les jeunes filles, ses crises de nerfs à répétition, ses liposuccions successives, ses massages, ses désastres financiers. Une vieille conne.
Si c'était à recommencer ... elle suivrait le même chemin. Et alors qu'une larme menace de se former au coin de ses yeux embrumés, Arléna frappe son poing directement dans le miroir. Rien ... plus rien.
Et quand elle songe à son fils, cette ignoble crapule, elle aurait presque envie de vomir.
EXTRAITS ... EXTRAITS ... EXTRAITS
Voici le premier chapitre de mon futur roman "Les Cerisiers" non encore totalement retravaillé par l'éditeur ... histoire de vous y faire les dents ...
La maison en enfer
La voiture gravissait la petite côte menant au domaine de Mennevaux, le château d’Alastair Foix, mon grand-père. Le fossile, l’ancêtre, la crapule, le nazi.
Gavin jouait avec sa console portable sur le siège arrière. Il s’était si bien intégré que j’en étais plus fier qu’Artaban. Son assimilation de la langue française moderne était exceptionnelle. Ses professeurs étaient ravis des progrès obtenus. Moi aussi, faut-il le dire !
La route était quelque peu boueuse. Ce matin, nous avions quitté Tours sous la pluie, et après avoir visité Amboise, nous avions mis le cap sur Blois. Malgré la pluie drue et fine et le brouillard persistant par endroits, le flanc de Loire était agréable.
Tôt dans la journée, mon éditeur m’avait signifié, par téléphone, qu’il convenait d’être célèbre avant de se mettre à écrire, raison pour laquelle il venait de refuser deux écrivains en herbe parfaitement méritoires, de mon propre avis. Mais cet éditeur n’était pas André. Lui, il avait disparu.
Quitte à m’en faire un ennemi, je lui signifiai à mon tour, avec un noirceur subtile, que si cela continuait de la sorte, le monde de la littérature serait rapidement mangé par tous ces incapables et les débilisants alcoolisants de la Jet Set attitude, qui se prennent pour des artistes en pontifiant sur leurs frasques sexuelles. Des libertinages qui n’intéressent au mieux que les moules et les bigorneaux.
Il me taxa de communiste réactionnaire. J’approuvai. J’avais l’habitude. J’aimais ça !
Mes origines se trouvaient dans cette vaste plaine alluviale grisâtre et triste. Mais j’avais pris demeure bien loin de là, au soleil du sud, là où le vin est corsé et chaud, là où les femmes sourient de toutes leurs dents, là où les cigales chantent leur joie, là où les enfants babillent avec accent. Le sud plutôt que le nord, la chaleur plutôt que la froidure, la joie plutôt que le ressentiment.
Gavin n’était pas du même endroit, loin s’en faut. J’étais conscient que ma mère et mon grand-père allaient se livrer à un véritable interrogatoire sur ce fils tombé du ciel. Je savais que mon oncle, avec ses grandeurs malvenues, allait se pencher sur le cas de mon ange sorti de Dieu sait où. Je savais que je n’aimerais pas ça. Je savais que mes nerfs allaient encore me travailler.
J’avais toujours adoré Noël, mais cette fois, cela promettait d’être du sport. L’affrontement était un sport, un sport dans lequel je n’excellais guère. Pourtant, je n’avais aucune chance d’en réchapper. Je m’y étais préparé.
Entre les atrocités proférées par le vieil Alastair, amateur des horreurs de la seconde guerre ; la folie hargneuse de ma mère, qui s’amusait à porter plainte contre tout un chacun pour des motifs aussi minables que variés, devenue littéralement folle à la suite du décès de sa propre mère ; la froide prétention de mon oncle qui régentait dans l’ombre et faisait figure de saint martyre auprès des bonnes gens, l’alcoolisme de ma tante, obligée de supporter ce monde furieux qui l’entourait ; cela relevait de la gageure que de tenir le coup toute une soirée.
La mort de ma femme n’avait rien arrangé. Il restait à espérer de ne pas avoir à affronter la rude méchanceté de toute cette dynastie que je n’avais pas méritée ! Je m’étais promis d’envoyer au tapis le premier qui me parlerait de Christine. Il est de ces choses auxquelles on ne touche pas, de ces souvenirs dont on ne parle pas, de cette nostalgie qu’on garde pour soi !
Je remontai l’allée et engageai la voiture dans le chemin privé du château de Mennevaux. Les souvenirs jouaient avec la réalité et, en ce moment précis, les événements survenus voici huit mois me revinrent en mémoire avec une étonnante vélocité.
J’espérais que Laureen O’Connelly me rejoigne rapidement. Elle était arrivée voici seulement deux heures à Charles De Gaulle et mettrait encore un temps certain pour nous rejoindre. J’avais loué une chambre pour elle et son fils dans le même hôtel que nous, mais elle avait juré d’être présente à la fête du réveillon de Noël au château de Mennevaux. Fête... ce mot avait de quoi prêter à rire !
La voiture emprunta chemin de graviers et fit le tour de la vieille demeure. Le jardin était dans un état d’abandon total, le délabrement des écuries et des réserves était alarmant. Dans peu de temps, il faudrait vendre. Si seulement le vieil Alastair pouvait voir les choses avec clarté !
Je vis bientôt mon oncle sortir par la porte de la cuisine. Il avait ce sourire figé qui caractérisait son esprit de prétention et d’absolue lâcheté, sa médiocrité et son hypocrisie. Je sortis de mon véhicule, bombai le torse comme un gamin pris en faute, et fixai mon parent avec morgue et agressivité.
Mon oncle avait une tête de faux calme, des yeux trop petits, les lèvres pincées, le visage émacié, les gestes mesurés, la glotte proéminente. Autrefois, dans sa jeunesse, des cheveux longs émargeaient son visage d’éternel gamin. Mais depuis, la rigueur et la sainte gaieté de sa femme avaient eu raison de lui.
— Ah ! voici le jeune Gavin, lança mon oncle en adressant un sourire aimable à mon garçon. Le célèbre Gavin ! Enfin, nous allons en savoir plus sur lui.
Oui... en savoir plus... mais pas ce qui est à moi... pas ce qui est à nous !
dimanche 3 juillet 2011
Deux nouvelles différentes ...
L'une bonne, l'autre ... bien moins ...
Et c'est toujours quand je me taille en vacances que ce genre de truc arrive ...
Parlons d'abord de la triste annonce du 23 juin 2011 : la mort de l'immense, de la colossale Christiane Desroches Noblecourt. Pas besoin d'être Sarko pour apprécier cette véritable dame (elle mérite d'en porter le titre) qui a fait de l'histoire et de l'égyptologie une réalité scientifique. Celle qui maniait la plume et la langue avec justesse, rigueur et beaucoup de second degré, est finalement décédée à 97 ans ce 23 juin, dans une maison de retraite de la Marne. 97 ans ! Ben oui, mais quand on est devenue une idole, une égérie de l'intelligence vraie, une star de l'analyse, une reine passionnée de l'histoire ... à n'importe quel âge, c'est une très mauvaise nouvelle, une catastrophe ...
L'autre nouvelle qui me parle positivement c'est la libération de DSK. Enfin aurais-je tendance à dire ! Bien sur, beaucoup de vilaines féministes sur le retour qui cherchent à traquer le mâle auront encore les mots durs et la critique facile vis-à-vis de ce monument de la politique. Mais qu'on soit de gauche ou de droite, il faut apprécier la libération de cet homme qui, monté trop haut, était menacé depuis quelques temps ... dommage que son remplacement ait été effectué avant sa libération. J'espère en tout cas le voir présent aux primaires de son parti. Ce qui ne manquera pas d'ajouter du sel à la préparation trop sucrée de ces derniers jours ! En outre, il faut avouer que permettre à Anne Sinclair de retrouver une vie normale ne sera pas un luxe. Cette merveilleuse journaliste aura vécu quelques très mauvais moments de frayeur depuis un bon mois ! Et je ne pense pas, malgré mes idées très à gauche, que le fait qu'elle soit d'une richesse effrayante permette à tout un chacun de se moquer méchamment de cette femme !
Et c'est toujours quand je me taille en vacances que ce genre de truc arrive ...
Parlons d'abord de la triste annonce du 23 juin 2011 : la mort de l'immense, de la colossale Christiane Desroches Noblecourt. Pas besoin d'être Sarko pour apprécier cette véritable dame (elle mérite d'en porter le titre) qui a fait de l'histoire et de l'égyptologie une réalité scientifique. Celle qui maniait la plume et la langue avec justesse, rigueur et beaucoup de second degré, est finalement décédée à 97 ans ce 23 juin, dans une maison de retraite de la Marne. 97 ans ! Ben oui, mais quand on est devenue une idole, une égérie de l'intelligence vraie, une star de l'analyse, une reine passionnée de l'histoire ... à n'importe quel âge, c'est une très mauvaise nouvelle, une catastrophe ...
L'autre nouvelle qui me parle positivement c'est la libération de DSK. Enfin aurais-je tendance à dire ! Bien sur, beaucoup de vilaines féministes sur le retour qui cherchent à traquer le mâle auront encore les mots durs et la critique facile vis-à-vis de ce monument de la politique. Mais qu'on soit de gauche ou de droite, il faut apprécier la libération de cet homme qui, monté trop haut, était menacé depuis quelques temps ... dommage que son remplacement ait été effectué avant sa libération. J'espère en tout cas le voir présent aux primaires de son parti. Ce qui ne manquera pas d'ajouter du sel à la préparation trop sucrée de ces derniers jours ! En outre, il faut avouer que permettre à Anne Sinclair de retrouver une vie normale ne sera pas un luxe. Cette merveilleuse journaliste aura vécu quelques très mauvais moments de frayeur depuis un bon mois ! Et je ne pense pas, malgré mes idées très à gauche, que le fait qu'elle soit d'une richesse effrayante permette à tout un chacun de se moquer méchamment de cette femme !
vendredi 1 juillet 2011
Là-bas ...
J'avais pris les chemins de traverse pour rejoindre Plougrescant. J'étais sorti à Saint Brieuc et j'avais suivi les chemins de campagne vers Tréguier en écoutant quelques vieilles chansons françaises pour me calmer.
J'étais tellement excité à l'idée de retrouver la maison familiale que je ne parvenais plus à rester en place. Le chemin n'avait certes pas été fort long et la voiture était relativement confortable même sans chauffeur.
Les villages se suivaient avec ce charme évident qui avait fait ma jeunesse dans cette partie magnifique du monde. Certes, le temps n'était pas au meilleur : vent, crachin, tempête, ciel de traîne, entrée maritime ... mais cela faisait l'exotisme du pays.
Des landes vertes et moussues à perte de vue, des villes sombres et ramassées sur elle-mêmes autour d'une grand-place historiques, de vieilles églises penchées ornées de superbes vitraux et de statues fabuleuses. Je ne me rappelle aucun autre endroit aussi typique.
Je virai à gauche au croisement d'un calvaire surplombant la mer et me dirigeai vers Plougrescant. Je me souvenais de ma maison tombée entre des rochers, écartelée à tous les vents, bercée par le ressac, choyée au plus profond de sa chaleur par Marie.
Marie était la bonne de maman, une femme voûtée et claudicante mais d'un amour immense. Toujours penchée sur ses fourneaux, mélangeant avec une certaine joie la soupe chaude et les casseroles de poissons. C'était le fumet savoureux de sa vieille cuisine qui me rendait les plus mémorables souvenirs.
J'approchai bientôt des terres sablonneuses qui indiquaient la fin de mon périple. Le jour touchait à sa fin. Je passais dans une forêt sombre et apparemment propriété d'une quelconque demeure lorsque deux gamins en short sur le bas coté me firent signe.
Ils étaient jeunes, douze, treize ans et étaient seulement vêtus de shorts jaunes et blancs légers, presque transparents et mouillés. Ils revenaient visiblement de la plage en contrebas et serraient contre eux des planches de surf. Ils devaient avoir assez froid car leur teint tenait d'un bleuâtre vivace, leurs lèvres mêmes étaient sombres et ils grelottaient. Je décélérai et baissai ma vitre.
- Bonjour, les garçons, fit-je en souriant correctement.
- Bonjour, m'sieur. Vous êtes perdus ?
- Non ! Je suis de la région. Mais cela fait déjà un moment que je n'y suis plus venu.
- De la région ? De quel village ?
- Plougrescant. A dix kilomètres du village, en longeant la côte. Ma maison est enfermée dans les rochers.
- C'est cette maison-là que vous habitez ?
- Pas celle à laquelle tu penses, petit. Mais c'est en effet dans le même genre. Bien, je vais y aller. Vous devriez rentrer chez vous avant que la nuit ne tombe.
- Oh, ça ne peut mal, m'sieur. On habite pas loin. Et c'est pas dangereux par ici. A part des fermiers et des retraités, y a pas grand chose. Au r'voir, m'sieur.
- Au revoir les enfants.
- Dites, m'sieur, fit le second bambin qui était resté silencieux jusqu'à présent. Vous ne seriez pas Antoine Lagrange, par hasard.
- Pour sur, mon garçon. Mais par ici, on me connaît plutôt sous le nom de Antoine LeGerrec. Comment un gamin comme toi a-t-il pu me reconnaître ?
- C'est mémé qui regarde toujours la même émission le samedi soir. Je vous y ai déjà vu. Vous avez été un grand chanteur, je crois bien.
- J'ai été. Sur ce point, tu as raison. J'ai été. Allez, salut les mômes.
Ma vie n'avait pas toujours été marquée de bonheur, mais je dois avouer en toute humilité que je m'en étais assez bien sorti. J'avais quitté Plougrescant vingt-huit ans auparavant pour monter à Paris. J'avais percé assez facilement après avoir suivi les cours du Petit Conservatoire.
Je n'avais jamais été un très grand chanteur mais les tournées effectuées en province m'avait laissé un beau petit pactole à la tête duquel je pouvais me permettre de vastes projets. Vingt-huit ans sans avoir revu ce petit paradis breton. Et puis, voici deux jours une lettre était arrivée.
[Image]
Elle émanait de ma vieille nounou, Marie, que je croyais morte depuis bien des années. Ma mère était souffrante et sans doute arrivée au terme de sa vie. Il me fallait revenir ventre à terre. J'avais toujours eu peur de revenir.
Ma séparation d'avec ma mère ne s'était pas faite dans les meilleurs conditions, voyez-vous. Une grosse dispute avait fermé à tout jamais nos portes respectives. Et pourtant, j'étais là, sur cette route, de retour parmi les miens, à vingt-huit ans d'intervalle.
Bien entendu, j'avais été marié. Trois fois, trois divorces. Deux filles et un fils que je ne voyais guère. Ils travaillaient tous à l'étranger et mes seuls et uniques contacts avec mes ex-femmes se limitaient à des décisions d'avocats. Durant vingt-huit ans, j'avais créé une vie parfaitement différente de celle que j'avais menée ici.
Mon père, Dieu ait son âme, était décédé quelques temps après ma naissance, noyé et disparu en mer. J'avais été élevé par ma mère, sa sœur et ma vieille Marie. J'en gardais vraiment de bons souvenirs : soirées chaleureuses au coin du feu à lire des histoires, après-midis passées à courir sur les grèves et à patauger dans la mer.
Malheureusement quelques souvenirs vivaces demeuraient qui me donnaient moins envie de rire : nos problèmes financiers, la vente de nos terres, la perte de notre troupeau de chèvres un soir de grand vent, les conditions désastreuses de vie dans cet endroit isolé, les fréquentes disputes avec ma mère, l'enterrement de ma tante. Une tristesse qui faisait autant partie de moi que la joie de revoir des visages familiers.
J'obliquai à droite devant une croix de granit rose et me dirigeai vers le Gouffre. A proprement parler, c'était une faille imposante, cicatrice gigantesque dans la croûte terrestre qui faisait jaillir l'eau en un millier d'éclats rugissants.
Plus loin, une demeure austère perdue entre deux rochers et qui était constamment mitraillée par des hordes de touristes en vadrouille. Je dépassai la route de campagne menant au point de vue et je me dirigeai vers les contreforts d'une crevasse relativement haute. Plusieurs petites maisons mesuraient le paysage comme autant de marques de repérage.
Je bifurquai à gauche et suivis un chemin étroit menant à la côte. Ma vieille maison m'apparut bientôt au détour du chemin : une longue bâtisse de pierres grises sise entre deux rocs martelés par les vagues. Une grange basse et pointue menant la garde sur le coté droit de la fermette et une remise sur le fond du potager.
J'arrêtai ma Chevrolet le long du chemin et sortis. Le vent soufflait toujours aussi fortement. J'éprouvais toujours une sorte de vague ressentiment à me présenter devant cette sinistre bâtisse, terriblement esseulée et vide de tout amour. Cette face lépreuse des murs gris me rappelait le visage d'Angie. Ce que j'aurais voulu pouvoir oublier !
Je poussai la barrière de la main et pénétrai dans l'allée mal entretenue. La vieille porte décolorée se trouvait à quelques mètres au-dessus du sol. Je grimpai les marches et frappai doucement du heurtoir contre l'huche. Aucun bruit ne me répondit à l'intérieur. J'attendis quelques minutes avant de réessayer quelques coups.
Le silence était pesant, lourd de compréhension et de certitude. Je me baissai, levai le tapis de porte et trouvai une clé assez sale, rustique et ouvragée comme autrefois. Je glissai la clé dans la gâche et tournai deux fois. La porte s'ouvrit finalement avec un bruit affreux de gonds rouillés et une odeur de plâtre humide envahit l'air.
Je rentrai et m'avançai dans le hall sombre et sentant le renfermé. La cuisine était visible, tout au fond de la maison. J'y fus assez rapidement. Un feu à moitié éteint réchauffait doucement une antique marmite. Mais personne n'était en vue.
[Image]
Je commençais à me demander si Marie n'était pas avec ma mère à l'hôpital lorsqu'une ombre se profila dans l'embrasure de la salle à manger. Une silhouette voûtée et fanée, appuyée sur un bâton et traînant la jambe.
- Mon petit Tony est revenu ... enfin !
- Marie, tu es là ! Je commençais à croire que j'étais seul ici !
- Seul ? Non, ta vieille nounou est toujours ici, qui veille sur ta pauvre mère. Ça fait si longtemps.
- Vingt-huit ans, Marie. C'était nécessaire.
- Nécessaire ? Crois-tu qu'il soit nécessaire de faire souffrir ta mère pareillement ? Si tu voulais lui faire comprendre son erreur, deux ans auraient suffi, crois-moi.
- Je ne sais pas Marie, cela semble si loin. On ne va pas se disputer maintenant pour le passé.
- Oh, non, mon petit. Te revoir ici est tellement inattendu.
- Inattendu ? Mais c'est bien toi qui m'a envoyé la lettre me signifiant l'état de ma mère.
- Oui, sans doute. Tu dois avoir raison. Ta mère n'est pas ici, sais-tu ?
- Oui, je le sais. Tu me l'as écrit. J'ai songé à me rendre à Saint-Brieuc demain. Je suppose qu'elle a été emmenée à cet hôpital.
- Non, elle est à Lannion. C'était plus proche pour nous deux. Nous irons demain, je te conduirai si tu le souhaites. Mais auparavant, nous allons faire un bon souper, réchauffer cette vieille bâtisse et discuter.J'ai rentré du bois, brossé la cuisine pendant que Marie nous préparait une bonne soupe de poissons et une miche de pain frais. Dehors, une lune fade montrait sa face affamée entre deux nuages monotones. L'air s'était encore refroidi, givrant les herbes folles du pré arrière. J'avais déjà rentré la voiture dans la grange afin de la protéger du climat particulier de mon pays natal.
Marie était à présent assise sur une chaise haute au milieu de la cuisine. Elle respirait difficilement et semblait aussi diaphane qu'une chemisette de lin. J'ai pris les bols, les ai rempli d'une bonne rasade si chaude que la fumée montait encore deux minutes plus tard. J'ai disposé la table et j'ai posé deux bonnes miches devant chacun. Elle sourit tristement et me fit signe de commencer à manger.
- Tu as bon appétit, Tony. Je suis heureuse. Si tu savais combien ton sourire et tes geste m'ont manqués. Je suis tellement vieille maintenant, mais je t'ai attendu, vois-tu.
- Quel âge as-tu Marie, si cela n'est pas indiscret ?
- J'avais septante-quatre ans quand tu nous a quittées. Vingt-huit ans. Que le temps m'a semblé long. Que ta mère sera heureuse quand elle reviendra ici.
- Revenir ici ? Mais ? Ne m'as-tu pas écrit qu'elle était dans un état impossible à guérir ?
- Réellement ? Je ne me souviens plus. Enfin ! Tu la verras par toi-même demain. Tu te feras une idée.
Je commençais à me dire que Marie devait souffrir d'une sorte d'Alzeihmer pernicieuse. Je ne voulais pourtant pas la choquer ou lui faire peur, aussi je me suis tu.
- Qu'es-tu devenu là-bas, me demanda-t-elle finalement.
- Bah, on peut dire que j'ai suffisamment réussi. J'ai encore du travail, je fais quelques soirées à la télévision, mes chansons se vendent encore assez bien. Je n'ai pas trop à me plaindre.
- Et ta femme ? Et tes enfants ?
- Rien, Marie. Je n'ai pas trouvé le temps de me marier, encore moins d'avoir des enfants. Tu sais, la vie d'artiste n'est pas du tout un long fleuve tranquille.
- Pas trouvé le temps ! Pas trouvé le temps ?
- Hé non, pas le temps. J'ai voyagé de Paris à Lisbonne, de Londres à Berlin et même jusqu'à Vegas. Mais aucune femme n'a pu m'accrocher.
- Quelle tristesse, fit sévèrement et piteusement Marie. Quelle tristesse ! Bien, si nous allions nous coucher. Tu as apporté une valise, porte-la dans ton ancienne chambre, elle est toujours entretenue, propre et prête à recevoir un invité.
- Merci Marie, je crois qu'une bonne nuit me fera le plus grand bien.
- Puisse le ciel t'entendre, mon petiot, puisse le ciel t'entendre.
Ma chambrette était chaude et cossue. Le même vieux lit de bois trônait au milieu de la pièce, la même armoire ventrue s'étendait contre le mur du fond, la même fenêtre grise donnait sur la même cour fermée et pluvieuse que le jour de mon départ. J'ai défait mes affaires, me suis déshabillé et rapidement me suis mis au lit.
Le vent hurlait contre la façade de la ferme depuis deux bonnes heures lorsque je me réveillai. La nuit était dense et silencieuse. Seuls des pas rompaient la monotonie de la demeure. Je me levai, passai un peignoir et descendis. Marie était assise dans la grande liseuse, des coupures de journal posées devant elle. Elle leva son visage raviné et pleura.
- Pourquoi m'as-tu menti, Tony ? Pourquoi ne pas m'avoir dit la vérité ?
- Sur mes mariages ? Ne pleures pas Marie. Ne m'en veux pas mais je ne voulais pas discuter de mes problèmes avec quelqu'un d'autre.
- Tu as changé, me dit-elle. Autrefois, tu confiais tout à ta vieille nounou. Aujourd'hui, tu es un étranger dans ta propre maison qui ne te reconnaît plus.
- Ce n'est pas ma maison, c'est celle de ma mère. J'ai été marié trois fois. Si tu le savais, il ne fallait pas me le demander. Trois mariages, trois divorces. Mes enfants, je ne les vois plus. Alors quand je te dis que je n'ai jamais eu le temps de fonder une famille, c'est vrai. J'ai trompé Charline, j'ai oublié Aurore et finalement je n'ai plus aimé Lena. C'est la vie, Marie.
- La vie, dit-elle avec des sanglots dans la voix. La vie ? De quelle vie parles-tu ? Je ne vois que la mort. Je ne vois qu'un visage.
- Un visage, demandai-je éberlué.
- Une femme, jeune, blonde, douce et tendre, aimable au point de sacrifier sa vie pour toi. Je vois ...
- Arrête, hurlai-je. Je t'interdis de te mêler de ma vie. Je ne suis plus l'enfant qui est sorti d'ici. Je ne suis plus l'adolescent que vous couviez comme deux poules égoïstes. J'ai vu le monde, j'ai parcouru la terre, j'ai rencontré des gens intéressants ...
- Et tu nous as oubliées comme tu as oublié Angie. Je sais cela.
- Comment peux-tu savoir ?
- Une nounou sait ce genre de chose. Je le sais, c'est tout. Pourquoi refuses-tu la vérité, pourquoi te refuses-tu une vie d'amour ?
- Parce que je suis responsable et que je porte toujours cette mort sur ma conscience. Ce n'est pas toi qui la porte, c'est moi. Moi qui dois vivre avec elle jusqu'à ma fin.
- Elle s'est suicidée, Antoine. Tu ne peux pas en être responsable. Elle était fragile, émotive même.
- Arrête, hurlai-je pour la seconde fois. Ne parle pas de choses que tu ne connais pas. Je n'aurais jamais du lui promettre la victoire si facilement. C'était entendu. Nous ne pouvions pas gagner.
Si tu ne parviens pas à t'absoudre, comment veux-tu continuer de vivre, Antoine ?
- Qui te dit que c'est mon envie ? Laisse tomber, oublie tout ça et retourne te coucher, Marie.
Je remontai dans ma chambre tandis que ma vieille nounou continuait de pleurer. Deux heures plus tard, je fus réveillé par un bruit venant du jardin. Un grincement strident, implacable. Je me levai, regardai par la fenêtre mais ne vis rien.
La nuit semblait se prolonger de façon nébuleuse entre chiens et loups. Le bruit lancinant continuait de se faire entendre. Je jetai un coup d'œil en direction de la remise tout au bout du jardin, accolée à des roches granitiques. La porte battait encore et encore, à tout vent.
Dehors le froid était transperçant. Je me sentais gelé et comme sans substance. J'avançais avec une lenteur mortelle en direction de la remise pourrie. La porte avait fini par craquer pour de bon et reposait à présent sur le sol durci du jardin. Une lueur fade émanait de l'intérieur de la remise, une lueur tremblotante et passée. J'entrai finalement et reculai aussitôt.
M'étant étalé de tout mon long sur le sol détrempé et gelé de la petite cour, je la regardais s'en venir vers moi, un sourire doux et tendre sur les lèvres. Angie. C'était bien elle. Fine et blanche comme dans mes souvenirs. Élégante et si racée. Elle tendit ses bras vers moi et elle émit des sons si langoureux que j'en éprouvai soudain de si douces pensées.
- Antoine ? C'est bien toi ? On m'a demandé de venir vers toi.
- Non ! Retourne-t'en. Tu es ... tu n'es qu'un cauchemar, une image sortie de mon imagination. Ai-je bu, ai-je mangé quelque chose de contraire, je ne sais, mais tu ne peux être réelle.
- Et pourtant, je suis bien là, devant toi. Regarde-moi et apprends enfin, Antoine. Tu n'es pas responsable de ma mort. C'est ainsi que va la vie, c'est ainsi que se poursuit le grand cercle de la vie. L'un reste, l'autre s'en va. J'avais choisi mon avenir. Avec ou sans toi, je devais le faire. Si je n'étais pas digne d'être première, il n'y avait pas de place pour moi à une autre place.
- Mais c'est moi. C'est à cause de moi que l'on a perdu ! C'est parce que j'ai eu la vantardise de m'essayer à un concours qui ne m'était pas destiné. Ce n'est pas toi qui ...
- Non, Antoine. C'est ainsi que cela devait se passer. Tu n'es en rien responsable de ma mort, alors cesse de t'affliger idiotement. Tu as ruiné ta vie en oubliant ton passé, Antoine. Je ne suis ici que pour t'apprendre une vérité horrible : ta mère est malade, Antoine, fortement malade. Elle ne survivra plus longtemps car ses forces la quittent. Rejoins-la, pardonne-lui et refais ta vie. Aide-la, aime-la, Antoine.
- Tu m'en demandes beaucoup, Angie. J'ai fait une croix sur mon passé depuis bien longtemps et revenir ici a sans doute été la pire des solutions.
- Ecoute-moi une dernière fois, Antoine. Le passeur n'attendra plus longtemps, malheureusement. Son chargement fait, il s'en ira rejoindre l'autre monde. Fais ce que tu crois être bon pour toi et pour les tiens, Antoine. Accepte l'inévitable et fais du reste de ta vie un paradis, tu n'y gagneras pas l'absolution à te parfaire un enfer sur terre !
Angie avait presque disparu lorsque je levai une main vers son visage. Une larme coula et mouilla ma main. Et ce fut tout. La nuit aspira tout ce qui restait d'Angie et de mes souvenirs. Combien de temps suis-je resté là ? Je n'en sais rien. Une heure, deux, cinq heures peut-être. Un coq chanta bientôt dans la cour de la ferme voisine. Je me levai et m'avançai vers la maison. Une ombre grisâtre se tenait devant la porte.
C'était un jeune garçon d'une douzaine d'années habillé d'un short jaune déchiré, tenant une petite planche de surf dans les mains. Il me regardait approcher avec tristesse. Lorsque je fus suffisamment proche, je me rendis compte qu'il s'agissait du gamin que j'avais vu le jour précédent dans le bois domanial. Il me fixa dans les yeux et des larmes coulèrent de ses yeux vides. Il me sourit et baissa son short, révélant sa nudité froide et disgracieuse.
- Pourquoi lui as-tu menti, Antoine, me dit-il.
- Pourquoi je lui ai menti ?
- Marie t'a attendu longtemps, tu sais ... tellement longtemps. Nous voulions tant que tu la revoies une dernière fois mais l'Ankou est venu cinq ans avant toi. Ta mère ne s'en est jamais remise.
Je ne savais que dire. Son petit corps nu et bleuâtre tremblait sous l'effet du vent du matin. Son pénis gonflés pendait lamentablement entre ses cuisses écorchées. Son ventre était gonflé d'eau et grouillait littéralement. Il écarta les bras, laissa tomber sa planche et s'approcha de moi. Il m'enserra et se mit à pleurer. Son corps était secoué de spasmes et je sentais son intimité étrangement violente contre mes jambes glacées.
J'avais envie de hurler, de pleurer et encore plus de mourir. Puis, d'un coup, il ne fut plus là. Il ne restait de lui que sa planche de surf et son short jaune déchiré.
Je hurlai avant de m'évanouir. Lorsque je me réveillai, j'étais allongé sur le lit de ma chambre, la couverture relevée sur mon torse. Je me levai et regardai la pièce. Elle était grise et froide, presque vide. Je m'habillai rapidement et descendis dans la cuisine.
Aucune odeur ne flottait dans l'air, aucune lumière ne filtrait au travers des portes ou des fenêtres. Je cherchai Marie, en vain. Puis, n'y pouvant plus, je ramassai mes affaires et me préparai à quitter la maison. A l'instant où je sortais, une femme m'accosta.
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- Antoine ? C'est moi, Henriette, tu te souviens ? Henriette Valdeux de la ferme Valdeux, ici, au bout du chemin.
- Bien sur que je me souviens de vous. Comment allez-vous ?
- Bien, bien. Je me disais que ce ne pouvait être que toi. J'ai vu une voiture arriver hier soir et puis j'ai vu les lumières. Mais j'ai attendu ce matin pour venir. Tu vas certainement retrouver ta mère à l'hôpital, je ne vais pas te retenir. Elle se remet doucement, m'a dit Angèle.
- Ah ? Marie me disait dans sa lettre que c'était assez grave.
- Marie ? De qui veux-tu parler ?
- Mais de Marie Fauche, la vieille domestique de ma mère. Elle m'a écrit une lettre me racontant les ennuis qu'elles vivaient.
- Marie Fauche ? Mais c'est impossible, voyons. Cela fait plus de cinq ans qu'on l'a enterrée. Tu dois faire erreur.
- Cinq ans ? Je ... Où est-elle ? Je veux dire, Marie, où est Marie ?
- Au cimetière bien sur. Comme tout ceux qui quittent cette terre. Je ne comprends pas ce que tu veux dire. Tu vas voir ta mère, maintenant ?
- Je ne sais pas ... oui, je vais y aller. Oui ! Vous m'accompagnez, je me sens un peu las.
- Bien sur, mon garçon. Je vais t'accompagner si tu y tiens. Cela fera tellement plaisir à ta mère. Tellement.
Nous avons pris la route longeant la côte et c'est en s'approchant de Port-Blanc que je vis les troupes et les véhicules de police. Sur la plage en contre-bas deux corps étaient allongés : deux gamins complètement nus et gonflé. Leur peau bleuâtre contrastait avec la pâleur du sable. Des femmes criaient dans les bras des flics assemblés comme des poupées de cire du musée Grévin autour des deux cadavres. Je me repris alors à penser à ce short et à cette planche de surf que j'avais laissés dans ma chambre, posés sur une chaise près de l'entrée.
Revoir ma mère une dernière fois, tout lui pardonner, se refaire une santé. Recommencer ma vie. Reprendre à zéro là où je m'étais arrêté voici vingt-huit ans. Réaliser les vœux de Marie, changer les plans de l'Ankou. Tout plutôt que de revoir le ventre et le sexe gonflé de ce gamin me serrant dans ses bras décharnés.
Cette histoire s'est passée voici quatorze ans. Ma mère a survécu encore huit ans, ne vivant que pour la joie de m'avoir retrouvé. Nous avons retapé la maison, aménagé les pièces, les rendant modernes et habitables. Je ne me suis pas remarié, cela n'était pas dans mes intentions de toute façon. Mais je reparle à mes enfants.
J'ai invité Brenda et Annie ici pour qu'elles rencontrent enfin leur grand-mère. Elles lui ont enjolivé ses derniers jours d'une manière sensationnelle. Brice a toujours refusé de me revoir et dans un sens je préfère ainsi. Je vis encore actuellement dans ma vieille maison et je reçois mes filles chaque année à Pâques et à Noël. Je vois mes enfants, mes beaux-enfants, mes petits-enfants.
Mais plus que tout, plus que tout cela, celui que je revois avec horreur et attirance, c'est l'image de ce jeune garçon se frottant à ma jambe. Et certaines nuits, à l'heure où la lune est la plus haute, je me réveille tenant dans mes bras ce jeune homme nu et humide serrant mon vieux corps perclus de courbatures entre ses bras irrémédiablement jeunes et froids, se frottant à n'en plus finir contre mes jambes pliées et me fixant de ses yeux noirs d'ébène et vides.
J'ai peur, je ne dors presque plus. J'attends l'Ankou avec impatience, pourtant il tarde à venir.
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